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Pas d’innovation sans communication, ni de culture d’innovation sans culture d’imitation

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Comme beaucoup de mots clefs d’une époque, le terme d’innovation employé dans des circonstances variables et selon des intérêts divergents est un concept flou. Malgré son emploi généralisé, il n’a pas encore produit de théorie scientifique et ses modélisations restent didactiques. Autrement dit, il relève trop souvent de ces notions valises persuasives qu’il est convenu d’éviter de définir (autrement que de façon vague) pour les utiliser d’autant plus fréquemment avec facilité. On trouve cependant des significations opérationnelles réelles : 1) celle des entrepreneurs qui peuvent l’utiliser très concrètement (pour désigner des nouveaux process, des nouvelles productions, des nouveaux marchés – ou au contraire de façon rhétorique comme simple argument publicitaire ou de stimulation interne. 2) celle des administrations, des comptables et des politiques qui décomptent des montants de dépenses, prélèvements, subventions, crédits de R&D… 3) celle des experts et consultants, chez qui la capacité d’innovation est un état de fonctionnement optimum conditionné par l’utilisation de stratégies combinant organisation, management et créativité. 4) celle des économistes depuis Schumpeter pour lesquels il s’agit d’une variable d’ intégrale formalisant la croissance.

Il est clair qu’une rupture apparaît entre l’aspect micro (les entreprises, les experts) et l’aspect macro (les économistes, les politiques). Elle provient du fait que le facteur de production des innovations, c’est l’esprit d’innovation, qui s’incarne et se reproduit dans une culture d’innovation, préalable de toute capacité dans ce domaine. Or c’est cet aspect macro qui est essentiel pour les entreprises cherchant à innover, comme le reconnaissent tous les directeurs de recherche ou d’innovations que nous avons rencontrés.  Répondre à leur besoin demande de pouvoir répondre auparavant à une série de questions :  qu’est ce qu’une culture d’entreprise,  par quels effets de levier la modifier ? Qu’est ce que dans les cultures d’entreprise qu’une culture d’innovation ? Comment faire partager la même notion d’innovation à tous ceux qui participent à cette culture ?

Si nous cherchons cette réponse dans la sociologie française actuelle, malheureusement nous ne la trouvons pas, l’empreinte magistrale de Bourdieu l’ayant aiguillé vers la dénonciation des “héritiers”, des “capitalismes” social, culturel, symbolique, etc…sans s’intéresser aux métamorphoses de ces héritages, c’est à dire à l’innovation. Il faut chercher ailleurs. Un chercheur canadien, Benoit Godin, a consacré ses études remarquables à la notion d’innovation. Il a par exemple mis en valeur les travaux d’un économiste de l’école de Chicago, Yale Brozen, qui a dédié sa carrière à étudier l’économie de l’entreprise et ses facteurs de croissance ou de déclin. La lecture de Brozen renverse la problématique actuelle. Il le fait à partir d’analyses de la croissance des entreprises et à la suite des maîtres de la sociologie ( Comte, Tarde, Pareto, Sorokin), pour lesquels l’évolution et l’équilibre des sociétés proviennent de l’application de deux lois fondamentales et complémentaires  :  celles de l’invention et celles de l’imitation (ou la conservation).

Les conclusions qu’on peut inférer des investigations passionnantes de Godin peuvent se formuler ainsi : 1) Si à la base d’innovations, on trouve une ou des inventions, elles n’ont pu se développer qu’à partir d’un travail spécifique de diffusion et de communication. Si ce travail n’est pas accompli avec la pertinence requise et des moyens suffisants à la mesure des enjeux, il n’y a pas d’innovation possible. 2) Si toute collectivité doit innover pour survivre, elle doit également pratiquer l’imitation dans une proportion au moins égale. L’imitation – c’est à dire l’organisation, la normalisation, la formation, la communication, …. - est indispensable au développement des innovations et elle répond à des motivations, valeurs et pratiques différentes. C’est la capacité à l’imitation qui permet la conservation et la diffusion de l’innovation.

C’est dire à quel point l’idée d’imposer une culture d’innovation à tous, qui inspire les préconisations en vogue aujourd’hui, risque de se fourvoyer comme déni de la réalité ! Le développement de la faculté d’innover dans des entreprises dépendra en fait de la prise en compte de ces principes :  il faut stimuler de façon complémentaire et sans les opposer l’esprit d’innovation et l’esprit d’imitation – ou d’application, la culture d’invention et de changement en même temps que celle de reproduction. Toute culture vivante est de toute façon dans une large part en tant que “conservatoire” une machine à mimétismes, avec répétitions ou variations, davantage mais simultanément, en tant que “laboratoire”, qu’une ouverture à la différence, aux changements et aux disruptions. Elle forme un mixte :  selon les cas, il faut que quelques uns sachent prendre l’initiative d’innover, c’est à dire de dévier de l’ordre établi, pour que les autres reproduisent la féconde déviation, dans d’autres il faut se contenter d’ imiter ce qui se fait avant, ailleurs ou à côté, ce qui peut être d’ailleurs également générateur de changement. Le système des valeurs d’une culture demeure donc en réalité double. Mais comment modifier une culture en évitant l’utopie de l’innovation généralisée pour parvenir à cet équilibre ? C’est une autre question que nous analyserons prochainement.

Author: pergame

Créateur et réalisateur depuis 10 ans de show-rooms virtuels et de vitrines technologiques pour des groupes de haute technologie, PERGAME CONSEIL est un cabinet de conseil spécialisé dans la valorisation de l’innovation et des technologies. Ses experts et designers accélèrent la transformation des réseaux d’innovation en développant leur audience et leur rayonnement au sein des entreprises et de leurs filières métiers. L'expérience acquise par PERGAME CONSEIL et ses partenaires Cybel, Creé, RCBF dans la valorisation de l'innovation est irremplaçable pour les entreprises qui veulent progresser vite et bien. La part que le cabinet a pris depuis des années dans la priorité donnée à l'innovation aujourd'hui témoigne de son objectivité et de son sérieux dans ce domaine au-delà de la précarité des effets de mode.

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