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Marie-Pierre Comets* : la clef de l’innovation, ce sont les partenariats durables entre laboratoires et industries

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*Directrice de l’Innovation et des Relations avec les Entreprises du CNRS

Innovationblog : Quelle vision de l’innovation vous anime dans votre fonction ?

Marie-Pierre Comets : L’innovation, dans un contexte en mouvement caractérisé par une forte demande à son égard, parait à tous essentielle au développement économique et à la création d’emplois. L’objectif majeur  pour moi est d’inscrire des thématiques à haut potentiel d’innovation dans des partenariats durables entre laboratoires de recherche et industries et dans des processus de maturation, afin de valoriser des applications le plus tôt possible – éventuellement dans des cadres de création d’entreprises. Il est nécessaire pour cela que ces partenariats impliquent les industriels à tous les stades et dès les premières étapes. L’atteinte de cet objectif repose sur la connexion d’une stratégie et d’un potentiel de savoir-faire, renforcés par ces partenariats : il s’agit de la politique des 16 axes stratégiques d’innovation mise en place par le CNRS, qui est déterminée par la DIRE avec les 10 instituts qui composent le CNRS, ainsi qu’avec FIST(filiale du CNRS et de BPIFrance, en charge de la gestion du portefeuille de brevets du CNRS), en relation avec les industriels; et du potentiel remarquable d’invention du CNRS qui s’appuie sur ses équipes, ses équipements, ses brevets et logiciels.
La grande extension pluridisciplinaire du CNRS lui confère à la fois un spectre élargi de connaissances et une capacité à focaliser les sujets avec plusieurs angles d’attaque, ce qui est nécessaire à l’innovation.

Innovationblog : Quel rôle selon vous doit jouer la recherche scientifique dans le développement de la culture de l’innovation ?

Marie-Pierre Comets : Tous les pays, développés ou émergents, savent bien que la recherche est décisive dans l’innovation. Parce qu’elle est à l’origine des inventions et des technologies, donc des innovations. Le développement de la culture de l’innovation demande cependant plus, puisqu’il s’agit des facteurs qui favorisent la recherche. Je crois qu’il faut valoriser sans relâche la recherche et l’innovation en encourageant pour cela 3 actions complémentaires :
D’abord, la formation des doctorants et leur intégration dans les entreprises. La recherche repose sur eux et c’est avec eux que percole cette culture de recherche et d’innovation dont nous avons besoin. Il faut favoriser leur accueil et leur activité dans les entreprises et les laboratoires.
Ensuite, la formation scientifique et technologique notamment aux nouvelles technologies (en général), qu’il faut offrir aux entreprises pour faire partager les connaissances par leurs personnels compétents.
Enfin, la création d’entreprises destinées à exploiter les innovations identifiées.
Le CNRS qui entend jouer son rôle dans la valorisation de l’innovation en France, agit déjà nettement : en formant des doctorants, en favorisant directement la création de start-up (une cinquantaine d’entreprises créées par an), et en assurant des formations aux entreprises avec la direction déléguée aux entreprises.

Innovationblog : Que pensez-vous de la distinction de la recherche fondamentale, « scientifique », publique, par rapport à la recherche appliquée, « technique », privée, ainsi que du partenariat public privé ?

Marie-Pierre Comets : Je ne ferai pas pour ma part cette dichotomie. Il y a au contraire un continuum entre la recherche amont et la recherche et développement, qu’il faut préserver pour alimenter l’innovation de l’avenir. Un débat est parfois ouvert à ce sujet aujourd’hui. Mais si on alimentait la R&D au détriment de la recherche amont, c’est toute l’innovation de demain qu’on risquerait d’assécher ! Ensuite, il n’y a en fait pas de frontière réelle. Lorsque je regarde les projets sous contrat noués par le CNRS avec les industriels, j’observe des niveaux de maturité (TRL**) atteints en fin de contrat, qui peuvent aller jusqu’à 5, 6, 7 voire 8 ou 9 (dans le cas des logiciels)… Cela dépend des sujets bien sûr. Mais c’est bien pour cela que les partenariats existent. On a déjà des accords-cadres avec les grands groupes, des contrats bilatéraux avec les industries. Notre politique, c’est très clairement de les amplifier, tant avec les grands groupes qu’avec les PME et aussi avec les start-up. Pour cela, nous avons à afficher plus nettement le rôle du CNRS valorisateur, et travailler l’approfondissement des relations notamment vis-à-vis des PME, qui n’identifient pas forcément de points d’entrée au CNRS.
A destination des PME, nous avons d’ailleurs mis au point un ensemble d’offres développées thématiquement dans le cadre des Pôles de Compétitivité et des 16 axes stratégiques. Outre les possibilités de partenariats déjà évoquées, nous mettons à jour un répertoire de compétences, qui permet de répondre à la demande d’expertises spécifiques (avec l’intervention d’experts confirmés) ; nous offrons avec FIST la possibilité d’exploiter les brevets de notre portefeuille de propriété intellectuelle ; et enfin, nous proposons un catalogue de programmes de formation, comme je l’ai indiqué.

Innovationblog : Dans les mondes anglo-saxon ou germanique, la féconde collaboration entreprises /universités / instituts de recherche se traduit par la mobilité des chercheurs et experts entre public et privé. En France, la situation cloisonnée progresse mais lentement. Quel est pour vous le bon modèle français ?

Marie-Pierre Comets : En ce qui nous concerne, les partenariats du CNRS correspondent à cette interrogation. Ces partenariats que nous formons avec les acteurs de l’innovation que sont les groupes industriels, les instituts de recherche français ou parfois étrangers, les PME adoptent des formes très variées adaptées aux circonstances et aux besoins : programmes de recherche conjoints, création de laboratoires communs, mobilité de chercheurs vers des grandes entreprises dans le cadre de missions, conventions CIFRE, créations de start-up pour valoriser des résultats , prises de participation dans des sociétés innovantes, cessions de licences d’exploitation de brevets, apports d’expertises scientifiques … Il faut sans doute faire plus encore et nous entendons bien les développer ou les renforcer.
Pour la création d’entreprises, une formation spécialisée à la valorisation puis à la création d’entreprise est en train d’être déployée pour les nouveaux entrants au CNRS. Plus de 750 entreprises ont été créées depuis 1999. Par exemple, Innoveox, qui vient d’entrer en bourse offre des solutions innovantes pour le traitement de déchets organiques dangereux.

Innovationblog : Dans la stratégie nationale de recherche et d’innovation, au milieu des nombreux acteurs, comment peut-on définir l’action du CNRS ?

Marie-Pierre Comets : L’implication du CNRS est entière. Il est selon sa vocation force de proposition, en particulier et globalement, dans la SNR, dès le début du processus aux côtés des Alliances et impliqué dans les 10 défis des groupes de travail. L’ensemble des entités que sont les instituts, la DIRE etc. participent au processus stratégique national. D’ailleurs vous remarquerez que les axes stratégiques du CNRS sont en cohérence totale avec les thématiques nationales et au-delà européennes avec le programme horizon 2020. Il ne peut en être autrement.

Innovationblog : Comment intéresser de façon stimulante les chercheurs et les départements du CNRS à l’aval que représentent les applications aux marchés ?

Marie-Pierre Comets : Je pense que les chercheurs mesurent de plus en plus l’intérêt scientifique produit par l’interactivité qui se développe avec les industries. Les questionnements scientifiques posés par les situations et les perspectives des industries suscitent de toute évidence l’intérêt des chercheurs . Cela étant dit, en parallèle, il faut continuer à avancer de façon volontariste, et la démarche de progrès du CNRS qu’il faut approfondir encourage les carrières de chercheurs et d’ingénieurs techniciens engagés dans la valorisation, les dépôts de brevet, pour les accompagner en matière de ressources humaines dans leur recherche de résultats.

Innovationblog : Pensez-vous qu’on puisse piloter l’innovation ?

Marie-Pierre Comets : Je préfère à la notion de pilotage celle de mise en place des conditions favorables, qui convient mieux. Il s’agit d’un ensemble : la formation à la valorisation, les stimulations, on vient de les évoquer ; il y a en plus tout le travail – essentiel – qu’on fait avec les sociétés d’accélération de transfert des technologies, les SATT. Le CNRS a fait le choix d’être actionnaire et administrateur des SATT, pour être au cœur du dispositif de maturation des technologies innovantes. Nous avons formalisé la collaboration entre CNRS et SATT par des conventions et maintenant nous travaillons ensemble. Cela dans un écosystème fécond, avec des projets à mener jusqu’à la commercialisation.

Innovationblog : quelle place donnez-vous à la révolution numérique pour apporter productivité, croissance, innovation ?

Marie-Pierre Comets : La révolution numérique est partout. De très nombreux acteurs sont impliqués car le numérique est transversal. Tous les secteurs sont ainsi concernés, certains où de façon classique on l’attend, d’autres où on ne l’attend pas encore. D’autre part, les enjeux sont nationaux – l’Etat doit donc intervenir pour la transformation numérique – et même européens, et il faudra les traiter à ce niveau, pour définir les priorités. Le numérique est présent dans des recherches de pointe en cours, comme les big data, le stockage de l’énergie, les maladies neurologiques…. Sur un terrain aussi large, avec autant d’acteurs, le CNRS peut apporter toute sa valeur ajoutée dans des coopérations.

Innovationblog : Les ressources de la communication de l’innovation vous paraissent-elle correctement utilisées aujourd’hui ?

Marie-Pierre Comets : Il y a au CNRS une direction de la communication spécialisée par nature dans les probléma-tiques de recherche et d’innovation qui est très active. Le CNRS est de ce fait réputé comme acteur de la recherche en France, Il reste encore beaucoup à faire parce que nous sommes en période de changements rapides. C’est vrai que le CNRS n’est pas encore suffisamment identifié, connu ni reconnu pour ses activités de valorisateur. Notamment en ce qui concerne les PME. Nous réfléchissons à des actions dans ce sens pour mieux afficher ce que nous sommes et sensibiliser les entreprises à ce que nous faisons et que je viens d’évoquer. Il y a à travailler sur la communication interne également, pour accompagner l’évolution des chercheurs, et la faciliter.

** TRL : Technology Readiness Level

Instituts de recherche du CNRS
http://www.cnrs.fr/fr/recherche/instituts.htm
Alliances CNRS
http://www.cnrs.fr/fr/partenariats/alliances/
Axes stratégiques d’innovation du CNRS :
http://www.cnrs.fr/dire/axe-strategiques-innovation/axe-strategiques-innovation.htm
Répertoire des compétences :
http://www.cnrs.fr/dire/accueil-repertoire-competences.htm
CNRS formation entreprises :
http://cnrsformation.cnrs.fr/

Author: pergame

Créateur et réalisateur depuis 10 ans de show-rooms virtuels et de vitrines technologiques pour des groupes de haute technologie, PERGAME CONSEIL est un cabinet de conseil spécialisé dans la valorisation de l’innovation et des technologies. Ses experts et designers accélèrent la transformation des réseaux d’innovation en développant leur audience et leur rayonnement au sein des entreprises et de leurs filières métiers. L'expérience acquise par PERGAME CONSEIL et ses partenaires Cybel, Creé, RCBF dans la valorisation de l'innovation est irremplaçable pour les entreprises qui veulent progresser vite et bien. La part que le cabinet a pris depuis des années dans la priorité donnée à l'innovation aujourd'hui témoigne de son objectivité et de son sérieux dans ce domaine au-delà de la précarité des effets de mode.

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